Arrêtons de marcher sur la tête : la compétence ne passe pas forcément par le diplôme !

J’ai commencé ma carrière dans les RH par le recrutement. Et je me souviens, à l’époque, combien je me bagarrais régulièrement par téléphone avec une célèbre agence chaque fois que je souhaitais publier une offre d’emploi sur leur site. Nos conversations se résumaient à peu près à ça :

“Madame, je ne peux pas valider l’annonce que vous souhaitez diffuser car vous avez oublié de noter le diplôme que doit posséder le candidat que vous recherchez.

– Je n’ai pas “oublié” de noter le diplôme. Il se trouve que je ne cherche pas un diplôme, mais un candidat qui a des compétences. En clair, étant donné les caractéristiques du poste, je serai beaucoup plus intéressée par quelqu’un qui n’a aucun diplôme mais qui travaille dans le domaine depuis 15 ans que par quelqu’un qui peut se prévaloir d’un titre d’ingénieur ou d’un doctorat dans le domaine mais qui n’a pas encore eu l’occasion de pratiquer.”

Ce à quoi on me répondait invariablement :

“Oui, mais, Madame, pour valider l’annonce, il faut indiquer un diplôme.”

🙁

Depuis tout ce temps, je me demande ce qu’attend la France pour se caler sur le modèle anglo-saxon, dans lequel les compétences (quelle que soit la façon dont elles sont acquises) ont une valeur bien supérieure au diplôme. J’avais eu quelques espoirs en la matière lors de la mise en place de la VAE (Validation des Acquis par l’Expérience). Pour la première fois, on reconnaissait que l’on pouvait acquérir des connaissances et des compétences par l’expérience professionnelle et pas seulement en s’asseyant sur un banc d’université ! Nous étions (je le pensais), sur la bonne voie.

Première déception en découvrant les premiers textes de la réforme : Les partenaires sociaux, suivis par le législateur, ont décidé que les fonds de la formation professionnelle devaient dorénavant être réorientés principalement vers le financement de formations amenant à un diplôme, titre, ou autre certification. Ok, c’est leur choix. En tant que consultante, mon métier consiste à faire émerger la raison profonde de chaque texte officiel. C’est essentiel pour vous en faciliter la compréhension et, surtout, vous aider à donner du sens à ce que vous allez devoir mettre en place sur le terrain.

Alors c’est vrai qu’avec entre 300 000 et 400 000 (en fonction des rapports) emplois vacants en France, et des métiers tels que bouchers, couvreurs, plombiers, chauffagistes, charpentiers… qui connaissent une pénurie croissante de personnes, il est sans doute intéressant d’inciter certains demandeurs d’emploi à une réorientation par le financement de ces certifications. De même, permettre à quelqu’un sans qualification d’obtenir la certification en lien avec son expérience professionnelle aidera, on peut l’espérer, à garantir son employabilité.

Mais quand je lis le projet de décret relatif à la qualité des actions de formation professionnelle et que je découvre qu’il prévoit qu’un financeur devra dorénavant, pour s’assurer de la qualité de l’action de formation, vérifier : “la qualité des titres, diplômes et certificats de qualification professionnelle des personnels en charge de la réalisation des actions et leur cohérence avec les actions envisagées”… Alors là, je dis STOP ! Que l’on demande à un formateur d’avoir une certification de formateur pour s’assurer qu’il en connaît un minimum en pédagogie, cela pourrait avoir un sens. Mais que l’on ne puisse plus former quand on n’a pas le diplôme, titre ou CQP en rapport avec le thème de la formation : on marche sur la tête !

Imaginons une personne qui a été chef d’entreprise pendant 20 ans. Cette personne décide de transmettre tout ce qu’elle a pu apprendre au cours de ces 20 ans à de jeunes créateurs ou futurs créateurs. Quelle aubaine pour ces jeunes créateurs de pouvoir bénéficier de l’expérience de leur aîné !

Malheureusement, ceux-ci risquent, à terme, de se voir répondre par leur financeur (OPCA, Pôle Emploi…) :

“Monsieur, je ne peux pas valider votre financement car vous avez oublié de noter si votre formateur a un diplôme de chef d’entreprise.”

Et si, par hasard, le participant se risquait à argumenter :

“Je n’ai pas “oublié” de noter le diplôme. Il se trouve que je ne cherche pas un diplôme, mais un formateur qui a des compétences…”

Il se verra alors répondre :

“Oui, mais, Monsieur, pour valider votre financement, il faut que votre formateur ait un diplôme de chef d’entreprise.”

Et peu importe qu’il ait un jour réellement diriger une entreprise…

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