Réforme de la formation professionnelle : Qu’est-ce qui va changer pour les utilisateurs ?

Pourquoi une réforme de la formation ? Parce que, d’ici 10 ans, 50% des métiers se seront transformés, de part l’impact des transformations numériques et écologiques, que 20% des métiers d’aujourd’hui auront disparu, mais qu’autant de nouveaux métiers seront apparus… La question de l’acquisition et de la transférabilité des compétences est donc plus que jamais à l’ordre du jour.

Dans les nouveaux métiers qui sont apparus ces dernières années, justement, en est un que j’affectionne particulièrement : UX Designer (pour User Experience Designer). Il s’agit de la personne qui, dans une application mobile par exemple, crée l’expérience utilisateur. En clair, celui qui va se mettre à la place de l’utilisateur pour imaginer ce qu’il voit, ce qu’il comprend…

Et si, pour regarder cette réforme de la formation, nous nous mettions, nous aussi, à la place de l’utilisateur ?

En formation professionnelle, qui est-il ? Que verra-t-il ?

1/ Celui qui est déjà acteur de son parcours 

D’abord, la personne qui a compris que pour pouvoir s’adapter tout au long de sa vie professionnelle, elle a tout intérêt à se former régulièrement. En bref, la personne qui a envie d’être actrice de son parcours (parcours professionnel et parcours de formation).
Que verra cette personne de cette réforme ?

  • Que son CPF sera crédité dorénavant de 500€ / an, plafonné à 5000 € (800€ / an pour une personne sans diplôme, plafonné à 8000€). Entre nous, aujourd’hui, avec 500€, pour acheter de la formation, elle n’ira pas très loin…
  • Qu’elle aura accès, directement depuis son smartphone, à une application lui indiquant les formations qu’elle peut suivre dans sa région, les débouchés, les avis des personnes sur l’organisme de formation.
  • Qu’elle pourra, en un clic, choisir sa formation, s’y inscrire et payer, sans aucun intermédiaire.
  • Qu’à tout moment, elle pourra se faire accompagner gratuitement par un opérateur du Conseil en Evolution Professionnel (CEP), dont le maillage sur le territoire devrait être meilleur qu’aujourd’hui.
  • Que cet accompagnement sera obligatoire si, un jour, elle souhaite bénéficier du CPF dans le cadre d’un projet de transition professionnelle (ce qui remplacera le CIF).

2/ L’entreprise

Un autre utilisateur de la formation professionnelle est l’entreprise, pour la formation de ses salariés.

Que verra-t-elle, elle, de cette réforme ?

  • Que son OPCA va disparaître, au profit d’un opérateur de compétences.
  • Qu’elle ne versera plus, d’un côté, une taxe d’apprentissage et, de l’autre, une contribution à la formation professionnelle, mais une seule et même contribution à la formation (reprenant le montant des 2 contributions actuelles).
  • Qu’elle versera le montant de cette contribution formation à l’URSSAF (et non plus à son OPCA).
  • Qu’elle ne pourra plus optimiser son budget formation avec la période de professionnalisation, puisque celle-ci n’existera plus.
  • Que l’accès au CPF pour ses salariés sera plus simple, puisque ne dépendant plus de listes interminables en fonction de la région, la branche professionnelle…
  • Que disparait de l’élaboration du plan de formation le classement des actions en 2 catégories (et donc, peut-on supposer, de l’obligation de co-engagement dans le cas des actions de la catégorie 2 : développement des compétences ?).
  • Que la définition de l’action de formation s’élargit ENFIN à des actions plus souples et parfois bien plus efficaces que la simple formation en présentielle (seront ainsi officiellement reconnues, par exemple, les formations en situation de travail, mais aussi les MOOCs et autres formations à pédagogie innovante).
  • Que les conditions des contrats d’apprentissage vont changer (rémunération des apprentis revue, simplification des procédures d’enregistrement et de rupture de contrat…).

3/ Le “laisser pour compte”

Enfin, il y a un dernier utilisateur dont j’aimerais parler : celui qui ne demande rien. Celui qui se contente de faire son travail quotidien. Celui pour qui la formation est encore juste un truc dans lequel l’envoie son entreprise, une fois de temps en temps, mais certainement pas quelquechose qui le concerne personnellement. Celui pour qui “être acteur de son parcours” a autant de sens que 成為他職業生涯中的球員. Celui pour qui les entreprises les plus avancées se battent depuis des années pour lui faire comprendre l’intérêt d’un entretien professionnel, du CPF… Celui qui n’a même pas encore été ouvrir son compte sur www.moncompteactivite.gouv.fr. C’est-à-dire environ 75% des salariés (si on en croit le nombre d’ouverture de CPF).

Que verra cet utilisateur de cette réforme ?

  • Pas que son CPF a changé, puisqu’il ne sait même pas qu’il existe.
  • La simplicité d’avoir accès à une formation via une application sur son smartphone ? Encore faudrait-il qu’il connaisse cette application, puis qu’il la télécharge (voire qu’il sache l’utiliser ?).
  • La possibilité d’aller rencontrer, gratuitement, un conseiller en évolution professionnelle… Un quoi ? Pour quoi faire ?

Bref, ceux à qui s’adresse le plus cette réforme, les personnes qui risquent de souffrir le plus des énormes évolutions actuelles : que verront-elles réellement de tout cela ?

Les intentions de cette réforme sont louables, même si elles vont faire très mal aux salariés qui travaillent chez les actuels acteurs de la formation (les salariés des OPCA, OPACIF… Ah oui, tiens, qui y pense, à eux ?). Mais il ne suffit pas de prévoir ou de revoir les dispositifs, les financements, les acteurs, pour toucher les personnes les plus vulnérables. Le CPF et le CEP ont tous deux vus le jour début 2015. Pourquoi, 3 ans plus tard, ne sont-ils pas plus utilisés ?

Et si la réponse tenait en un mot : COMMUNICATION ? Ce n’est pas les mini campagnes à destination du grand public sur le CPF et le CPA qui pouvaient risquer de les faire connaître. Alors, si on veut que cette réforme 2018 soit vraiment à la hauteur de ses ambitions, espérons que le plan de communication qui l’accompagnera le sera aussi, cette fois.

 

 

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