De la difficulté à prendre l’initiative

Et si le secret, c’était d’être acteur de sa vie professionnelle ?

Ne plus subir, mais agir. Ne plus attendre que tout nous vienne, tout cuit, du “Dieu” Entreprise mais se prendre en charge soi-même, en restant là où nous sommes si nous pouvons nous y épanouir, en ayant le courage de changer si tous les facteurs nous permettant d’être heureux au travail ne sont pas réunis. Pas si simple ? Et pourtant…

Nos représentants (syndicaux, patronaux…) ne s’y sont pas trompés lorsque, en 2003/2004, ils ont créé le DIF (Droit Individuel à la Formation). Pour la première fois, le salarié était incité à prendre l’initiative de la demande de la formation auprès de son entreprise afin de pouvoir (l’expression deviendra très à la mode à partir de 2009) “sécuriser son parcours professionnel”. Certes, le CIF (Congé Individuel de Formation) existait déjà mais celui-ci reste plutôt dévolu à des formations longues (784 heures en moyenne*). Avec le DIF, le salarié avait un compteur, pouvant aller jusqu’à 120 heures, lui permettant de demander à son entreprise une formation. Pas n’importe laquelle, l’entreprise ne pouvant accepter que des formations en rapport avec l’emploi du demandeur, son métier et/ou son environnement professionnel (normal, puisqu’il s’agit d’une formation “professionnelle”) mais toute formation de minimum 7 heures et rentrant dans ce cadre pouvait être acceptée. Résultat, à l’heure où le DIF fête son dixième anniversaire (et oui, 2004, c’était il y a 10 ans déjà ! 🙂 ), sonne également sa dernière heure avec un bien piètre résultat : Chaque année, moins de 5% des salariés se forment grâce au DIF**. Or, pour côtoyer beaucoup de responsables formation de tous horizons confondus (petites, moyennes, grandes, voire très grandes entreprises), rares sont les entreprises qui refusent les demandes justifiées de formation dans le cadre du DIF. Non, si aussi peu de formations se déroulent dans le cadre du DIF, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas de demande. Les seules entreprises dans lesquelles le DIF a décollé sont celles qui ont mis en place une politique proactive pour proposer à leurs collaborateurs des actions de formation qui pouvaient les intéresser.

Au 1er janvier 2015 donc, adieu le DIF, bonjour le CPF (Compte Personnel de Formation) !

Les partenaires sociaux en ont défini les conditions dans leur accord du 14 décembre 2013. Le projet de loi en reprenant les termes est passé au conseil des ministres cette semaine et sera étudié au parlement au mois de février. D’un compteur de 120 heures, nous passerons donc à un compteur de maximum 150 heures (avec un calcul encore bien tiré par les cheveux, nos partenaires sociaux étant toujours aussi champions pour appliquer la maxime “Pourquoi faire simple quand nous pouvons faire compliqué”. Mais ça encore, ce n’est pas le pire.). Alors que jusqu’à présent, nous pouvions, dans le cadre du DIF, demander toute formation “professionnelle” (c’est-à-dire en rapport avec notre emploi, métier… cf définition plus haut), nous ne pourrons dorénavant demander, dans le cadre de notre CPF, que des formations qualifiantes et encore, à condition qu’elles figurent dans des listes prédéfinies. Or, les listes en questions reprennent essentiellement des certifications ou des formations dans le cadre du socle des connaissances et des compétences. Pour rappel, ce socle, issu du Code de l’éducation, reprend les bases que devrait avoir acquises toute personne sortant du système éducatif français (maîtrise de la langue française, pratique d’une langue vivante étrangère, bases de mathématiques…). Alors imaginons que j’aie la chance de faire partie des personnes qui ont déjà acquis ce socle de base, que me restera-t-il comme possibilité pour utiliser mon CPF ? Des formations  certifiantes. Or, vous connaissez beaucoup de certifications, vous, qui se passent en moins de 150 heures ? Et même ! Même si on en trouve (il faudra bien en trouver pour créer les fameuses listes dans lesquelles nous pourrons piocher), cela restera focalisé sur des formations relativement longues. Or, sachant que la durée moyenne des formations financées en 2012 au titre du DIF était de 22,5 heures et que les formations de moins de 20 heures représentaient 50% des DIF financés (celles de moins de 60 heures représentant 89%)… N’existe-t-il pas un risque, en imposant des formations plus longues et en nombre plus limitées, que nous nous approprions encore moins le CPF que le DIF ?

Alors oui, les partenaires sociaux ont eu à coeur, en créant le CPF, que chacun d’entre nous, quelque soit notre statut, salarié ou demandeur d’emploi, puisse “progresser d’au moins un niveau de qualification au cours de sa vie professionnelle” (pour reprendre l’objectif de la formation professionnelle cité dans l’article L6111-1 du Code du travail) et c’est tout en leur honneur. Pour cela, nous aurons dorénavant, à notre disposition, 2 modes d’accès à la formation : le CPF pour les formations jusqu’à 150 heures ou le CIF pour les formations plus longues. Mais si moi, individu lambda, j’ai seulement envie “d’acquérir et d’actualiser des connaissances et des compétences favorisant [mon] évolution professionnelle” (autre objectif noté dans le même article L6111-1 du Code du travail), que me reste-t-il ?

Et comment pouvons-nous faire pour que vous, moi… nous nous approprions cette fois vraiment ce dispositif pour en faire un véritable accompagnement de notre parcours professionnel et pour ne pas constater, dans 10 ans, que seuls 5% d’entre nous pensent à l’utiliser chaque année ?

 

 

*Donnée issue de l’enquête qualitative du Dispositif CIF publiée par le FPSPP en novembre 2010 et concernant des données 2009.

**Toutes les données concernant le DIF sont issues du Jaune de la formation professionnelle, annexe du PLF 2014.

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